💀, « wesh », « c’est un pain » : petit guide du langage de nos enfants

💀, « wesh », « c’est un pain » : petit guide du langage de nos enfants

PETIT guide du langage de nos enfants / ADOLESCENTS

Votre enfant répond «💀 » à une photo de famille. Il trouve un copain « trop sus » et dit qu’un film est « une dinguerie ». Pas de panique : il ne vous annonce ni un drame ni une catastrophe. Il parle simplement la langue de son âge.

Chaque génération invente ses mots. Aujourd’hui, ils circulent plus vite, portés par les réseaux sociaux, les jeux vidéo et les messageries. Les emojis s’y ajoutent, avec des sens qui n’ont parfois plus rien à voir avec leur dessin. Petit tour d’horizon pour mieux comprendre, sans chercher à tout décoder.

 

Les emojis qui ne veulent pas dire ce qu’on croit

Un emoji ne se lit pas toujours au premier degré. Son sens dépend de l’âge, du groupe d’amis et du contexte. Voici quelques exemples très répandus.

Ces sens évoluent vite. Ce qui est vrai dans une classe ne l’est pas forcément dans une autre. Le meilleur dictionnaire reste votre enfant.

Les mots et expressions du moment

Beaucoup de ces mots viennent de l’anglais, des jeux vidéo ou des vidéos virales. D’autres sont de vieux mots français détournés.

Pourquoi ils inventent leur propre langage

Parler autrement que ses parents, c’est normal, et même plutôt sain. Vous avez sûrement dit «c’est trop de la balle » ou « c’est chanmé », et vos parents ne comprenaient pas toujours.

Ce langage a plusieurs fonctions :

  • Se sentir appartenir à un groupe. Utiliser les mêmes mots que ses amis, c’est montrer qu’on
    en fait partie.
  • Prendre de la distance avec les adultes. Avoir un code à soi, c’est aussi grandir et construire
    son identité.
  • Jouer avec la langue. Inventer, détourner, abréger : c’est créatif.
  • Exprimer des émotions. Un emoji ou un mot fort permet de dire vite ce qu’on ressent, sans
    longue phrase.

Ce qui change aujourd’hui, c’est la vitesse. Un mot né dans une vidéo à l’autre bout du monde peut arriver dans une cour de récréation varoise en quelques jours. Et il peut disparaître aussi vite.

Inutile donc d’essayer de tout suivre ni de parler comme eux. Un parent qui dit « c’est sus » risque surtout de faire lever les yeux au ciel. Et peut-être de faire perdre un peu d’aura.

Quand certains codes doivent faire tendre l’oreille

La grande majorité de ces mots et emojis sont inoffensifs. Mais quelques-uns servent à parler de sujets plus délicats, justement pour échapper au regard des adultes.

  • La moquerie et l’exclusion. Des en série sous la photo d’un élève, un « ratio » répété, un camarade qualifié de « PNJ »… Pris isolément, c’est souvent de l’humour. Répété contre la même personne, cela peut devenir du harcèlement.
  • La sexualité. Certains fruits et légumes, comme ou , ont une connotation sexuelle bien connue. Leur présence dans un échange avec un adulte inconnu, ou dans une demande de photo, doit alerter.
  • Les drogues. Des emojis comme , ou sont parfois utilisés pour proposer ou acheter des produits sur les réseaux sociaux.
  • Les modèles de virilité. Un garçon qui veut devenir un « sigma » regarde peut-être des vidéos qui méprisent les émotions ou les filles. Le mot n’est pas grave en soi, mais il mérite une question : « C’est quoi, pour toi, un sigma ? »

    Voici les codes les plus souvent signalés par les professionnels de la prévention. Ils ne sont pas utilisés partout : l’objectif est de les reconnaître, pas de suspecter chaque message.

Et les témoins ? Le résume bien un mécanisme du harcèlement : beaucoup regardent, peu interviennent. Rappelez à votre enfant qu’il n’a pas besoin d’être la cible pour agir. Ne pas relayer, soutenir la victime ou prévenir un adulte, ça compte.

Comment en parler avec son enfant

Le but n’est pas de surveiller chaque message, mais de garder le dialogue ouvert.

Quelques pistes concrètes :

1. Demandez la traduction. « Ça veut dire quoi, sus ? » Les enfants adorent expliquer quelque chose que les adultes ignorent. C’est une conversation facile, qui les valorise.
2. Montrez de la curiosité, pas de la méfiance. Une question posée sur un ton d’enquête ferme vite la porte.
3. Partagez vos propres mots d’ado. Comparer « c’est cringe » et « c’est la honte » fait souvent rire, et rapproche.
4. Parlez des mots qui blessent. Certains mots à la mode servent à se moquer. Demandez-lui : « Et si on te disait ça, toi, tu le prendrais comment ? »
5. Rappelez qu’il peut toujours venir vous voir. Surtout s’il reçoit un message gênant ou qu’il ne comprend pas. Et assurez lui qu’il ne sera pas puni pour en avoir parlé.

Comprendre leur langage, ce n’est pas le parler. C’est montrer qu’on s’intéresse à leur monde.

Sources et ressources pour aller plus loin : 

  • Glossaire « Identifiez et comprenez le cyberharcèlement chez les jeunes », Allianz France.

  • Vidéo «Connaissez-vous les codes de vos ados ?», Orange.
Fanny LECUIVRE
Author: Fanny LECUIVRE